Paroles du chaman :

« Effort ne veut pas dire souffrance.  C’est l’effort qui fait grandir, aller chaque fois un petit peu plus loin, un petit peu chaque fois.

Ici (aux cérémonies), on apprend à vivre avec une intention, pour arriver, dans la réalité quotidienne, à vivre aussi avec une intention. L’important, c’est l’intention.  On peut avoir une intention générale pour sa vie, par exemple, vivre en paix, heureux…  C’est une intention très large, qui permet beaucoup de possibilités.  On peut, pour tous les jours, avoir l’intention de faire un petit pas vers cela.  Je crois que la différence entre le destin et l’intention, c’est la conscience. »

J’ai pris ces notes à la volée en juin 2010.  Ce qui était dit là me paraissait tellement important ! Et avec le recul, ces paroles résonnent en moi comme des clés de vie. Elles contiennent pour moi une vérité qui m’aide dans ma vie de tous les jours, pour ne plus courir à côté de mes chaussures et me poser.  Tellement simple et compliqué en même temps : faire les choses avec intention, être, en conscience, à ce qu’on fait.

Je tiens d’abord à préciser que le chaman et la curandera (guérisseuse) avec lesquels j’ai l’habitude de travailler depuis toutes ces années ont une méthode de travail spécifique et qui leur est propre : au début de chaque cérémonie, chacun partage, dans un cercle de parole, son intention de travail pour la nuit, pour la durée des cérémonies.  Le lendemain, on partage à nouveau ce qu’on a vécu de la nuit, ce qu’on a ressenti, ce qu’on retire de l’expérience.  Avant ce partage, une précision est donnée : « inutile de raconter tes visions, dis juste ton ressenti, ce que tu as senti dans ton corps, dans quel endroit de ton corps, ce que cette expérience peut t’apporter pour mieux vivre dans ta vie quotidienne »

L’avantage de ces partages est, d’abord, d’apporter la cohésion, un sentiment d’appartenance familial à un groupe de gens qui, souvent, ne se connaissent pas en arrivant.  C’est ainsi que, souvent, je me suis aperçue que j’avais des points communs, dans ce que j’ai vécu, ressenti, avec des participants pour lequel, de prime abord, je n’avais pas vraiment d’empathie ou de sympathie.  Cela m’a aidé à changer mon regard en général, en essayant de garder cette ouverture d’esprit.  J’ai aussi pris conscience, au fil des années, qu’il arrive souvent qu’on se retrouve, groupe d’inconnu arrivé là pour diverses raisons, avec des intentions de travail qui vont dans le même sens.  Cela me fait toujours sourire, et confirme le fait que je pense que rien n’est « innocent », rien n’arrive par hasard, jamais.

L’autre avantage (essentiel dans mon cas) de ces partages est de permettre à chacun de « dépatouiller le bazar » avant de rentrer chez soi.  On peut poser des questions, recevoir des éclairages de la part du chaman pour nous aider à comprendre l’expérience vécue, les messages reçus.  On n’est pas lâchés dans la nature, seul face à une expérience qui peut être, plus ou moins, déconcertante.  Le travail avec la médecine est un travail sérieux, à prendre avec sérieux et respect.  J’apprécie, et, en ce qui me concerne, j’estime indispensable cette aide à la compréhension du travail et à « l’atterrissage » après une session de médecine. 

J’éprouve le besoin tout à coup de spécifier que si je parle de cette méthode ce n’est pas pour dire qu’elle est meilleure qu’une autre. J’en parle parce que je la connais, la pratique depuis longtemps et qu’elle me convient. L’expérience m’a montré que cela me convient. Je ne peux pas parler d’autres méthodes parce que je ne les ai pas expérimentées (en même temps, c’est pas non plus mon but ! )

Pour en revenir à la conscience, la médecine crée en moi un état de conscience modifié qui me permet (je parle de ma propre expérience et ne désire en aucun cas faire des généralités) d’avoir accès à des éléments, des parties de moi auxquels je n’ai pas accès en état de conscience ordinaire, parce que je les ai refoulées ou, simplement, parce que j’ignorais leur présence.  Ces éléments se présentent à ma conscience suivant mon intention de travail et la nécessité que j’ai de les connaître pour avancer sur mon chemin.  Plus mon intention de travail est précise et plus le travail de la médecine sera précis.  La médecine permet à ces éléments inconscients d’arriver à ma conscience. C’est elle qui me guide sur ce chemin, et qui, en quelque sorte, mène la danse. Dans le même temps, c’est une espèce de collaboration, depuis que j’ai (enfin, et ça s’est pas fait tout seul ni en huit jours ! ) accepter de faire totalement confiance à la médecine. C’est nouveau, cette acceptation, ça date du mois de décembre, et j’ai constaté deux choses : sur le moment même, pendant le travail, beaucoup de joie, un sentiment d’amour mutuel et beaucoup de gratitude et depuis, une confiance en moi accrue.  En décembre, pendant la deuxième nuit, la voix silencieuse m’a demandé à un moment « tu es sûre ? tu es sûre de vouloir me suivre sur ce chemin ? » et j’ai dis oui, sans trop savoir quel était ce chemin, j’ai réitéré : oui, parce que j’ai totalement confiance en toi. Ça a été un « oui » du fond du cœur, spontané et sincère et conscient, parce que, sans savoir trop ce que c’est, j’ai eu conscience, à ce moment, d’accepter quelque chose d’important pour moi, pour ma vie.

 J’ai compris au fond de moi, que l’Esprit de la plante fait le lien entre moi, ma personnalité, mon cerveau, la Martine de tout les jours dans le quotidien et ma source profonde, mon âme, mon être intérieur, ma part divine ou je ne sais pas comment cela s’appelle…La médecine permet d’établir la communication entre moi et moi et la voix silencieuse que j’entend dans ma tête c’est la voix de la médecine et, en même temps, c’est la voix de  cette part mystérieuse de moi. L’état modifié de conscience induit par la médecine me permet d’avoir accès à une conscience accrue, de m’éveiller à cette conscience accrue.  Dans l’absolu, avoir accès à cette conscience accrue dans le quotidien permet de choisir sa vie, c’est-à-dire de faire des choix de vie « en conscience » et de ne plus être dans sa vie comme une plume au vent, emporté par les évènements, par le destin.

Bon, faut bien le dire, je n’y suis pas encore, y a encore du taf !

De ce que j’ai compris (mais je me trompe peut être) faire les choses en conscience c’est être tout à ce qu’on fait quand on le fait, être dans le moment présent avec le mental dans le moment présent et pas propulsé vers l’avant ou vers l’arrière.  J’ai été à deux doigts de mettre pleins d’exemple de choses qu’on peut faire pour virer son pilote automatique et arriver à faire les choses en conscience et puis j’ai tout effacé. Il y a tellement de gens qui font ça bien mieux que moi ! J

C’est un vaste sujet, la conscience, il y a pleins d’écris sur là dessus, scientifiques ou philosophiques, de techniques ou de sagesses.  J’ai lu  récemment une phrase dite par un scientifique et qui m’a fait sourire : « la conscience et la mémoire sont les deux SDF du cerveau ». C’est-à-dire qu’on n’a pas encore réussi à déterminer l’emplacement de la mémoire et de la conscience dans le cerveau. En février, va sortir un bouquin dont le sujet sera la conscience extra neuronale, c’est-à-dire la possibilité que la conscience se trouve en fait à l’extérieur du corps. Cette hypothèse a été émise suite aux travaux sur les expériences de morts imminentes (NDA). Je suis partagée : d’un côté, je trouve ça génial, j’ai envie de lire ce livre, et de l’autre, en même temps, je me moque de savoir où la conscience se localise : ce qui m’intéresse vraiment, c’est d’être consciente, d’être en conscience, simplement !

À toutes mes relations.  Je vous aime

 

Martine