Avoir envie d’écrire et ne pas y arriver.  Ne pas trouver de sujet. S’interroger sur la pertinence des réflexions que l’on pourrait partager.  Douter.   Sentir sa confiance en soi vaciller.  S’imaginer une éventuelle attente ou une éventuelle obligation de publication sur le blog. Culpabiliser. Ressentir la nécessité et l’importance de l’écriture pour soi, pour sa propre vie, pour sa propre réalisation.  Ne pas y arriver.  Veiller à ne pas désespérer (surtout) ni à se fustiger (encore plus ! ).

Accepter que « ça ne vient pas », mettre son mouchoir par-dessus, rouler une clope ou un joint et aller voir ailleurs si on y est.

Se questionner sur le lien entre ayahuasca et écriture.  Sourire en pensant que, si c’est ça, on ne remplira pas ce cahier avant au mieux six mois, au pire, un an….Sentir son ego se mordre les doigts.

S’endormir souvent en demandant de l’aide à son inconscient, l’Univers, son chaman intérieur…Enfin, n’importe qui.  De l’aide, quoi…

Et puis, se souvenir…

Se souvenir de l’origine, de ce qui a rendu possible la mise en place du processus d’écriture.  Bien sûr, les fortes suggestions et encouragements de la Curandera et de cette participante du week end de décembre, sans qui l’idée ne m’aurait jamais traversé, et qui ont permis la résurgence de ce rêve d’enfant que j’avais tellement enfoui en moi que je l’avais oublié : écrire moi aussi des histoires dans des livres, parce que j’avais tellement de plaisir à lire les histoires des autres, à rêver dessus, à voyager dedans que je voulais faire pareil.  Gamine, il me semblait que le métier d’écrivain était le plus beau métier du monde, parce qu’on donnait du plaisir aux autres rien qu’avec de l’imagination ! Et de l’imagination, j’en avais, et raconter des histoires, je savais faire aussi. Je n’arrêtais de m’en raconter, des histoires, pour me consoler de ce monde terrestre où j’avais atterri et où je ne me plaisais pas.  Etre écrivain me faisait rêver.  Ça avait l’air tellement chouette, facile et sans effort que ça n’avait même pas l’air de ressembler à un travail.  En même temps, ça tombait bien, parce que  vers six ou sept ans (et ça a continué comme ça pendant des décennies) j’étais incapable d’imaginer un avenir, un métier, ce que je voudrais faire plus tard, engoncée que j’étais (déjà) dans ce questionnement par rapport à ma vie « mais qu’est ce que je suis venue faire dans cette galère ? ».  J’étais, en tout cas, suffisamment jeune pour désirer mourir à vingt ans, âge que j’estimais assez élevé pour pouvoir enfin, et décemment, mettre fin à la punition qui m’était infligée que cette vie sur terre.   C’est assez désespérant, quand on est une gamine, de vivre avec cette sensation.  Je ne me rappelle pas avoir vécu sans. Je crois même être née avec : « si j’avais su, j’aurais pas v’nu ! ».  Alors, comprendre qu’il était possible et permis de vivre de ce qu’on pouvait ramener de voyages dans des mondes imaginaires et parallèles, ça me parlait beaucoup, comme une porte de sortie, une permission, une possibilité, d’évasion.

Je ne sais pas si c’est grave d’oublier ses rêves d’enfant.  J’ai décidé de me concentrer sur le fait que j’ai la grâce de me souvenir d’un et qu’il ne tient qu’à moi de le réaliser.

Parce que je me suis souvenue.

Je me suis souvenue de mon intention de travail de décembre : « remercier, serrer dans mes bras et dire au revoir au nourrisson, à la petite fille et à l’ado que j’ai été pour faire place et laisser les rênes à la femme que je suis.  Leur assurer qu’elles seront toujours avec moi, à l’intérieur de moi et les autoriser à transformer l’énergie de colère qui les animait en énergie créatrices. »

Quand je me suis souvenue de cela, hier soir, j’ai compris que le lien entre la médecine et l’écriture était que la première avait permis l’éclosion de la seconde et que, d’une certaine façon, le fait d’avoir la conscience plus éveillée avec la médecine rendait l’écriture plus facile.  Cela créait physiquement un sentiment d’urgence, de nécessité absolue, de question de vie ou de mort.  Avec le temps, le quotidien, l’effet s’estompe et il faut faire un effort pour garder la conscience plus ou moins éveillée.  Je comparerais ça à la différence de vitesse de propulsion qu’il existe entre un catamaran poussé par le vent et une barque qu’on fait avancer par la seule force des bras qui manient les rames.  Et pour peu que la barque ne soit pas dans le sens du courant….

L’énergie créatrice est en moi. J’en suis dépositaire.  Rien, ni personne, ne pourra me la reprendre, à part moi.  Je suis responsable d’elle, responsable du choix de faire ce qu’il faut pour qu’elle s’exprime, tirer sur les rames pour faire avancer la barque ou attendre d’être poussée par le vent de la conscience boosté par la médecine.

Je n’ai pas à me sentir coupable si je n’écris pas, par contre, j’en porte la responsabilité.  Je suis la seule à pouvoir décider, choisir de nourrir ma créativité en la faisant vivre, en écrivant.  Il ne suffit pas de désirer garder cette flamme créatrice allumée, il est nécessaire de travailler à la cultiver, à souffler dessus, à l’entretenir pour qu’elle reste vivante.  Elle sera toujours à l’intérieur de moi, à moi de veiller à ne pas la laisser s’endormir, à ne pas  l’oublier à nouveau.

S’asseoir sur son égo (pourquoi cette image de cousin péteur ?) et accepter d’écrire que pour le plaisir.  Garder à l’esprit qu’il n’y a pas d’attente, de personne, ni d’obligation de publication sur le blog.

Ne garder que le plaisir.

Que l’idée de plaisir. 

Que l’effet physique du plaisir dans mon corps quand je m’essaie à l’écriture.

L’imprimer en soi pour ne pas oublier.

Attraper un bic.

Et ramer.

Merci à Molière et au p’tit Gibus.

À toutes mes relations, je vous aime

 

Martine