il m'est arrivé une petite aventure, vendredi dernier, qui a suscité en moi une grosse réflexion.  Cela s'est passé à un arrêt de tram.  Revenant des courses, je nous avais posé, mon caddy et moi, l'une sur le banc de l'aubette, l'autre calé entre les jambes pour pouvoir confortablement m'appuyer dessus.  J'étais seule sur la banquette, seule sous l'abri bus, tout au plus avais je remarqué en arrivant un monsieur plus ou moins âgé, à vue de pif, la soixantaine mal conservée, planté sur le côté extérieur de l'édicule.

j'ai oublié un détail, petit mais important : je fumais une cigarette.  Horreur ! Malheur ! c'est ce bout de (pour moi) plaisir incandescent qui déclencha la suite.

j'étais donc posée délicatement sur mon susse, goûtant à la fois le plaisir de la chose accomplie et de la cigarette, quand, tel un diable sorti de sa boîte, le monsieur entr'aperçu plutôt surgi devant moi et m'invectiva :

c'est interdit de fumer dans les abribus ! (à bon, première nouvelle)

et d'abord, il est interdit de fumer dans les stations ! (oui, merci, je suis au courant. Et quel est le rapport, d'ailleurs?)

et donc, il est interdit de fumer dans les abris bus ! (jamais entendu parler de ça ! si c'était vrai, ils auraient collé un panneau d'interdiction, non )

allant et venant sur le bord du trottoir, il s'est mis en boucle, s'énervant et me criant dessus.  Du coin de l'oeil, je voyais que des gens nous avaient rejoints à l'arrêt et que ces personnes évitaient soigneusement de se rapprocher de nous.   De temps en temps, il arrêtait ses invectives pour les reprendre de plus belle quelques secondes plus tard. Ca a duré ainsi jusqu'à l'arrivée du tram.

Prise sous le flot de sa colère, je suis restée impassible.  Il y mettait pourtant tout son coeur : j'ai eu droit, entres autres remarques acerbes, à un doigt d'honneur et au couplet moralisateur sur le non respect de ma part des lois de mon pays, au contraire de lui, qui, vivant depuis 25 ans en Belgique, les avait toujours respectées !  Il a même menacé de le dire aux contrôleurs ! A quoi je lui ai rétorqué de ne surtout pas s'en priver, s'il avait le bonheur d'en trouver un dans le périmètre....

Pendant que ce monsieur se transformait en Pitt bull, les mâchoires bloquée sur l'os de sa colère, je faisais pour ma part un rapide état des lieux intérieurs....rien. Pas d'énervement, de gêne,de culpabilité, de tremblements intéreurs, pas de pertes de moyens...rien.  Nothing.  Nada. Meme pas peur ! la zénitude faite femme ! Pas de peur...? Houla, c'est nouveau ça !

je lui lançais juste de temps en temps une petite réponse pour contrer ses arguments. je lui ai également signalé, parce que c'était la vérité de ce que je ressentais, qu'il pouvait dire ou faire ce qu'il voulait, il n'arriverait pas à m'énerver. Parce que c'était ça, ce que je sentais à l'intérieur de moi, une force tranquille, nouvelle et inconnue, qui me faisait me tenir digne et droite, fumant ma clope comme si de rien n'était, indifférente à ce moucheron qui dansait la gigue devant mes yeux.  Rentrée chez moi, j'ai pu mettre des mots sur ce que j'ai ressenti : " je n'ai pas envie de te donner ce que tu attends. ça ne marchera pas avec moi, je refuse catégoriquement d'entrer dans ton jeu. il est hors de question que je te fasse plaisir, de quelque manière que ce soit ! "

je ne me suis pas vraiment penchée sur ses motivations, bien que je subodore que la cigarette n'ait été que prétexte à un joli pétage de durite de sa part.  C'est son problème, pas le mien.  Par contre, je me suis penchée sur ma réaction, ou plutôt sur mon absence de réaction face à ses attaques répétées, engendrée par la volonté farouche de ne pas céder à ses désirs, de ne pas être aimable parce que lui était prêt à se rouler par terre de rage pour m'obliger à l'être.

j'ai horreur de me sentir obligée de faire quelque chose, je le savais déjà, c'est comme ça depuis toujours. Ce que j'ai appris ce jour là, c'est que je pouvais l'affirmer calmement, et que je n'avais pas peur de le faire, même si ça me confrontais à la violence potentielle de l'autre. J'ai eu confiance en ma force. Et c'est la première fois que ça m'arrive, et c'est la première fois que j'en prend conscience,  surtout dans de telles circonstances. Merci Monsieur, tu m'as appris un truc sur moi, ce jour là ! :-)

d'autre part, en règle générale, j'essaie d'être aimable.  Un sourire, des yeux et de la bouche, ça ne mange pas de pain et ça rapporte beaucoup.  Je l'ai fait longtemps parce qu'on m'a appris la politesse, maintenant, je le fais parce que j'ai envie de le faire, de faire plaisir en étant polie, aimable, pour garder à la conscience qu'en face de moi ce sont des autres êtres humains auxquelles je suis reliées.  Nous sommes différents et pareils, ce que je réclame pour moi, ils le réclament pour eux.  Nous sommes tous des points sur le même cercle.  Je le fais aussi un peu, beaucoup même, comme une espèce de "mission".  Si, par un sourire, un mot aimable, un merci, un petit rien, je peux éclairer, ne fus ce que trente secondes, la journée de quelqu'un, ça me procure de la joie et j'ai la sensation d'avoir été utile.  Et cette joie qui est mienne en faisant cela, j'ai envie de la partager, en offrant un sourire aux gens inconnus croisés durant ma journée. Et, de nouveau, voici un cercle.....

et toi, monsieur l'énervé de l'arrêt de tram, tu m'aurais calmenent expliqué que ma cigarette te posais souci, sans doute que je t'aurais écouté, et que j'aurais agi, d'une façon ou d'une autre, pour que toi et moi trouvions une satisfaction. j'aurais été, dans la mesure de mes moyens, en tout cas, j'aurais essayé d'être, aimable avec toi.

tu as fais le choix de l'agressivité, c'est ton droit et ton choix. Je ne suis pas quelqu'un qui possède l'esprit de répartie et la vivacité de langage qui va avec, et ce n'est que rentrée chez moi que j'ai trouvé ce que j'aurais aimé pouvoir te dire. Du coup, je le dis ici et ce sont d'autres qui en profiteront.  Alors voici : essaie l'amabilité.  Tu verras vite tout ce que tu as à y gagner, pour toi même et pour les autres.  Franchement, entre l'amabilité et l'agressivité, il n'y a pas photo ! et  en ce qui concerne le rapport entre la dépense d'énergie et le bénéfice engrangé, la première gagne largement haut la main !

 

à toutes mes relations. je vous aime

 

Martine