nous venons de sortir de la hutte. je me suis traînée à quatres pattes un peu plus loin et me suis assise à même le sol. je récupère. je suis incapable de me relever tout de suite. posée sur le sol gelé, les pieds nus, encore mouillée de la hutte, une serviette sur les épaules, je goûte le moment. le ciel est d'un bleu limpide, dégagé, le soleil brille, j'admire l'herbe blanchie par le gel. c'est beau. pour rien au monde, je ne voudrais être ailleurs, je suis à ma place, je me sens reliée, je vis un moment parfait.

autour de moi, les autres vaquent en silence, se rhabillent, se plongent dans le ruisseau proche ou se prennent dans les bras l'un de l'autre, dans un silence de cathédrale.

oui, le temazcal c'est ma messe à moi, un moment de communion totale avec l'Univers.

j'ai froid. le temps est venu de se rhabiller. quelque chose me retient en ce lieu, près du feu dont les braises ont été rassemblées en forme de coeur.

nous restons quelques uns, groupés autour de ce coeur, silencieux. pas besoin de parler pour se comprendre, chacun dans son expérience, à la fois seul, unique et uni, relié aux autres par ce que nous vivons ensemble.

nous ne sommes maintenant plus que cinq autour du feu. les quatres autres, serrés en ligne devant le feu communient dans la même énergie.  ils se balancent doucement, trouvant d'instinct un rythme commun.  je suis à côté d'eux, j'ai une petite pointe dans le coeur. je suis dans une autre énregie, quelque chose en moi demande à sortir, j'ignore ce que cela peut être, je sais seulement que je dois être seule avec le feu, avec le ciel.

"Martine, viens nous rejoindre !' je me colle à la file, j'essaie de me balancer, non, je n'y arrive pas, je ne suis pas "dedans"

ils s'embrassent, s'accolent, se serrent dans les bras les uns les autres, se disent qu'ils s'aiment. ils sont beaux, dans le printemps de leur vie. ma saison est plus proche de l'été Indien, et c'est bien aussi, c'est juste différent.

soudain, ils m'entourent de leurs bras, me serrent, m'offrent leur amour. l'un d'eux me glisse "je t'aime" dans l'oreille. je balbutie "moi aussi je t'aime"

ils s'en vont, ils me laissent. en s'éloignant, l'un d'eux s'inquiète "tu restes encore Martine? surtout, ne prends pas froid !"

"oui, merci, ne t'inquiètes pas, je suis bien couverte"

je suis seule, assise devant le feu. j'attend. pas très longtemps.

soudain, un chant spontané monte du plus profond de moi. d'un geste, je l'offre à Grand Pàre le Feu, à Grand Père le Ciel. je suis l'instrument nécessaire à l'existence du chant. il pousse dans mon ventre, s'exprime par ma bouche mais est indépendant de moi. il ne m'appartient pas, il vient d'ailleurs....

ca y est....il s'est évanoui dans l'air

plus rien ne me retient en ce lieu, je peux regagner la maison.

 

merci à vous quatre pour votre amour autour du feu. si vous lisez un jour ceci, j'espère que vous vous reconnaîtrez. vendredi, je ne vous connaissais pas. aujourd'hui, vous êtes pour toujours avec moi dans mon coeur. je ne sais pas si je vous reverrez un jour. c'est sans importance. vous êtes en moi et je suis en vous. je vous aime

c'est cela aussi, la magie

à toutes relations. avec toute ma gratitude, je vous aime

Martine